Le 29 décembre 1815 est décédée Sawtche, mieux connue sous la « Vénus Hottentote ». Malheureusement, elle a connu un tout autre traitement que ce qu’on réservait à la déesse de la beauté féminine. 203 ans après sa disparition, retour sur sa tragique histoire.

 

Une Khoïkhoï

Sawtche est née vers 1789 au Cap Oriental, dans l’actuel Afrique du Sud. Elle issu de la tribu des Khoïkhoï, l’une des plus anciennes dans le pays. Les femmes de cette tribu sont reconnaissables par leur teint plus clair et leurs hanches développées à outrance. Mais ce que ce peuple considère comme signe de la beauté féminine va plus tard être qualifié de « déformations physiques » par les occidentaux.

Avec ses frères et sœurs, elle est asservie dès sa tendre enfance par des fermiers Boers. En 1810, son maître la convainc de partir en Europe en lui promettant la richesse et la liberté en échange de l’exhibition de son corps et de quelques danses au son du goura. La jeune femme accepte et est alors vendue à un chirurgien militaire de la marine britannique. Ce dernier la renomme Saarrtije  (Sarah en hollondais) Baartman et l’embarque pour l’Angleterre le 7 avril 1810.

 

Une existence tragique

Arrivée à Londres, Sawtche devient rapidement une attraction foraine. Son corps nu est ainsi exhibé en public dans les rues de la Grande-Bretagne et de la Hollande. Elle marche, s’assoit, se met debout… tel un animal dressé. Outré par ces scènes immondes, Robert Wedderburn, un jeune jamaïcain militant anti-raciste et anti-esclavage, interpelle le gouvernement britannique sur le sort de la jeune femme et entame une série de procédures judiciaires pour faire pression.

Face au scandale, Sawtche est emmenée en France à partir de septembre 1814. Sous le surnom « la Vénus Hottentote », elle est exposée à Paris et est transformée en objet sexuel. Un an plus tard, Sawtche suscite l’intérêt des scientifiques qui sont persuadés que ses formes sont typiques chez les personnes de couleur. Selon eux, la jeune femme est atteinte de la stéatopygie (développement exagéré du tissu adipeux des fesses) et de macronymphie (élongation exceptionnelle des organes génitaux). Elle est alors examinée tel un animal de laboratoire pendant des jours.

 

Une restitution

En vivant dans des conditions sordides, elle finit par mourir d’une pneumonie le vendredi 29 décembre 1815. Au nom de la science, son corps est disséqué et son squelette a été extrait. Il est ensuite exposé, ainsi qu’une statue reprenant les formes de Sawtche, dans des musées : Jardin des plantes (1817–1878), Musée d’ethnographie du Trocadéro (1878–1937), Musée de l’Homme (1937-1976).

Après la fin de l’apartheid, Nelson Mandela réclame la restitution de la dépouille de Sawtche en Afrique du Sud mais il se heurte à un refus autant des autorités que du monde scientifique français. Il faudra attendre mars 2002 pour que la France cède enfin. La dépouille arrive au Cap le 3 mai 2002 et est accueillie solennellement. Après être purifiée, elle est placée sur un lit d’herbes sèches qu’on brûle selon les traditions de son peuple. Elle est ensuite inhumée sur la colline de Vergaderigskop en présence de plusieurs personnalités sud-africaines.

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