Le 10 décembre 1198 est décédé le philosophe, juriste, théologien et médecin musulman andalou : Ibn Rushd, mieux connu sous Averroès. Retour sur le parcours de l’un des investigateurs de ce que l’on appelle actuellement : « l’islam des lumières ».

 

Une formation complète

Averroès voit le jour en 1126 à Cordoue, en Andalousie, dans une famille de juges. Il est le petit-fils d’Ibn Rushd al-Gadd qui a rédigé une vingtaine de volumes sur la jurisprudence islamique. Dès sa tendre enfance, il suit une éducation complète et apprend le coran, la grammaire, la poésie, la musique, les calculs et l’écriture. Plus tard, il étudie les hadits et le fiqh avec son père avant de s’intéresser à la physique, la zoologie, la botanique et l’astronomie. Il découvre ensuite les œuvres aristotéliciennes d’Ibn Bâjja et y apporte une attention particulière.

 

Une vie mouvementée

En 1166, ses connaissances sont sollicitées par le calife marocain Abu Yaqub Yusuf qui lui demande de résumer d’une manière pédagogique l’œuvre d’Aristote. Averroès relève le défi et effectue un travail remarquable puisqu’il décèle les erreurs et les rajouts pour se rapprocher le plus possible aux écrits originaux de l’auteur. Il rédige trois types de commentaires : le jawâmi (les abrégés), les talkhîs (les moyens) et les tafsîr (les grands). Parallèlement, il est nommé Cadi à Séville puis grand Cadi de Courdoue et médecin privé du sultan.

A partir de 1179, Averroès écrit ses propres recueils philosophiques dont le Discours décisif, l’Incohérence de l’incohérence, le Dévoilement des méthodes de démonstration des dogmes ou encore Incohérence des philosophes. Dans chaque ouvrage, il s’efforce de concilier la philosophie et les textes coraniques ce qui provoque le mécontentement de certains conservateurs religieux. Et cela s’empire avec son commentaire de La République de Platon dans lequel il prône le féminisme.

A partir de 1195, Averroès est alors persécuté et humilié : ses livres sont brûlés. Accusé d’hérésie, il est même contraint de quitter sa ville natale. Il trouve refuge à Lucena où il demeure pendant un an et demi avant d’être rappelé au Maroc sans pour autant retrouver ses fonctions officielles. Et ne pouvant pas retourner en Andalousie, il s’éteint à Marrakech le 10 décembre 1198.

 

Une notoriété posthume 

Heureusement, l’œuvre d’Averroès ne s’est pas éteint avec lui. Grâce à des copies en provenance d’Occitanie et de Catalogne, il a pu être transmis en Europe Occidentale (durant la Nahda ou la renaissance arabe) où il inspire de nombreux philosophes médiévaux latins et juifs dits averroïstes comme Boèce de Dacie, Siger de Brabant, Moïse Narboni ou encore Isaac Albalag. En 1994, les « Rencontres d’Averroès » sont créées durant lesquelles plusieurs personnalités se concertent à Marseille pour réfléchir sur « la Méditerranée des deux rives ». Par ailleurs, considéré comme un trait d’union entre les cultures, le nom d’Averroès est attribué à un système d’échange inter-universitaire entre le Maghreb et l’Union européenne, lancé en 2008.

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