Le 7 octobre 1940, le gouvernement de Vichy procède à l’abrogation du décret Crémieux jugé discriminatoire et offensant.

 

Nationalité pour les juifs

Le décret Crémieux porte le nom de son premier signataire, Adolphe Crémieux, ministre de la justice du Gouvernement provisoire établit à Tours suite à l’abdication de Napoléon III. Il est signé le 24 octobre 1870 et porte sur l’attribution de la citoyenneté française aux juifs d’Algérie. En effet, si les juifs de la France métropolitaine bénéficient de la citoyenneté depuis le décret de 1791 adopté par l’Assemblée constituante, ce n’est pas le cas des juifs d’Algérie.

Avec la promulgation de ce décret, ces derniers accèdent automatiquement à la citoyenneté française à condition qu’ils abandonnent la loi mosaïque. Par contre, les musulmans sont discriminés dans la mesure où ce texte abroge le « senatus-consulte ». Il s’agit d’un décret impérial de 1865 qui attribue la nationalité française aux musulmans d’Algérie tout en leur permettant de conserver leur pratique religieuse. Avec l’entrée en vigueur du décret Crémieux, les musulmans ne peuvent obtenir la citoyenneté qu’à l’âge de 21 ans et doivent par ailleurs en faire la demande.

 

Une abrogation somme toute logique

Ce texte jugé discriminant est ainsi à l’origine de nombreuses révoltes dont celle du 8 avril 1871. Ce jour-là, Cheikh El-Haddad, chef spirituel de la confrérie des Rahmaniya, appelle à l’insurrection lors d’un rassemblement à Seddouk. 250 tribus différentes répondent à son appel et le mouvement se répand rapidement à travers l’Algérie. Pour le contrer, l’armée française se livre à une répression sanglante causant un lourd bilan : plusieurs dizaines de milliers d’algériens tués, plus de deux cents chefs insurgés condamnés et plusieurs villages décimés. Par ailleurs, les colonisateurs confisquent près de 450.000 hectares de terre tandis que plusieurs familles sont jetées sur les chemins de l’errance.

Pour calmer la situation, Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire français, dépose un projet d’abrogation du décret mais sa proposition est refusée. Il faudra attendre juin 1940, après la signature de l’armistice avec l’Allemagne, pour que la situation change. En effet, le gouvernement de Vichy promulgue une loi dans le but de réviser les naturalisations obtenues depuis 1927 ayant pour conséquence la perte de nationalité française pour environ 6000 juifs.

Le 3 octobre 1940, le gouvernement français de l’époque poursuit l’application de dispositions contre les juifs en édictant une nouvelle loi sur leur statut. Cette loi vise notamment à interdire les juifs d’occuper des postes liés à la fonction publique, l’armée, la presse… Dans ce contexte, l’abrogation du décret Crémieux survenu le 7 octobre 1940 est perçue comme une suite logique de la politique du gouvernement de Vichy à l’égard des juifs. Plusieurs d’entre eux sont ainsi déchus de leur nationalité française acquise en 1870.

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