Le 6 septembre 1960, une centaine d’intellectuels français, d’horizons différents, s’engagent à soutenir le peuple algérien dans sa lutte pour l’indépendance via le Manifeste des 121. 

 

Adversaire invisible mais redouté

Le 5 septembre 1960, l’Algérie assiste au procès du « réseau Jeanson », regroupant des militants français partisans du FLN (Front de Libération Nationale) accusés de trahison. Ce jour-là, de l’autre côté de la Méditerranée, le fameux Manifeste, rédigé par Dionys Mascolo et Maurice Blanchot, circule déjà entre les mains des intellectuels, artistes, écrivains, universitaires et journalistes français.

Le lendemain matin, le périodique Vérité-Liberté publie la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie » en exclusivité. Sans surprise, le pouvoir français inculpe immédiatement le directeur du magazine pour provocations militaires. Également menacé de censure, Le Monde se résout à révéler l’existence de ce texte et de ses 121 signataires sans parvenir à le diffuser publiquement. Quant à la revue Les Temps Modernes, la déclaration est retirée à la dernière minute laissant juste deux pages vierges suivies de la liste des signataires.

 

Un combat d’idéologies

En Algérie, en France comme partout dans le monde, le Manifeste des 121 bouleverse à la fois le monde politique, diplomatique et intellectuel. En effet, la déclaration dénonce l’injustice, l’oppression et la violence dont le peuple algérien est victime depuis six années de guerre. En évoquant la valeur du devoir moral envers l’humanité, elle appelle aussi à la désobéissance de l’armée française qui « entretient un combat criminel et absurde ». Et, elle se termine sur trois propositions finales, aussi poignantes que provocatrices, pour dire que « la cause du peuple algérien est la cause de tous les hommes libres».

Alors qu’en Hexagone, les intellectuels partisans du système colonial présentent une contre-pétition pour faire résistance, le reste du monde exprime une belle solidarité dans cette lutte historique. En Italie et en Allemagne, le Manifeste est publié dans les presses locales et devient très vite une source de débat intéressante. Parallèlement, des savants américains se sont réunis pour envoyer une lettre de soutien à leurs confrères en Algérie et déplorent « la restriction progressive des libertés, de la censure et de la persécution ». Malgré ces mobilisations, le pouvoir français a tout de même sanctionné quelques-uns des signataires de la déclaration en les frappant d’une interdiction d’exercice professionnelle sur une durée déterminée.

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