Le 24 juillet 1999, Eva de Vitray-Meyereovitch, l’illustre philosophe spécialiste du soufisme, rend son dernier souffle. Elle laisse derrière elle un héritage littéraire inestimable : la traduction de 25 œuvres de Rûmî et une quinzaine d’ouvrages personnels sur l’Islam.

 

Le rêve prémonitoire

Philosophe, écrivaine et traductrice issue d’une famille chrétienne, Eva de Vitray-Meyerovicth s’est convertie à l’Islam en 1950 après avoir lu l’ouvrage du grand penseur indien Muhammad Iqbal intitulé « reconstruire la pensée religieuse de l’islam ». Elle prend alors un nom musulman : Hawa et se consacre au soufisme tel qu’il est décrit par Mevlânâle grand penseur persan Jalâl ud Dîn Rûmî.

Une nuit, Eva fait un rêve et se voit inhumer dans une tombe de forme « inhabituelle« , près de celle de Rûmî, avec son nom arabe inscrit dessus. Une quinzaine d’années plus tard, elle gagne Istanbul pour la première fois et fait la connaissance d’un derviche tourneur, architecte de métier. Celui-ci l’emmène par hasard visiter une ancienne maison de retraite de derviches. Mais avec stupeur, elle y découvre une pierre tombale similaire à celle de sa vision, et apprend qu’il s’agit d’une tombe de femme disciple de Rûmî, le fondateur de la confrérie des derviches tourneurs.

 

Le dernier voyage

Convaincue de la signification de son rêve, Eva met au grand jour l’un de ses souhaits les plus profonds le 26 mai 1998. Ce jour-là, lors d’une de ses dernières conférences à Konya, où est enterré Rumi, elle confie : « Enterrez-moi à Konya pour rester jusqu’à la fin des temps à l’ombre de la spiritualité de Mevlânâ ». Un an plus tard, le 24 juillet 1999, elle s’éteint à l’âge de 90 ans dans sa demeure à Paris.

Sa famille l’inhume discrètement à Thiais, près de Paris en 1999. Mais en 2003, des démarches sont entamées pour transférer sa dépouille en Turquie. Cinq ans plus tard, le 17 décembre 2008, le rêve d’Eva Vitray-Meyerovicth peut enfin se réaliser : sa famille obtient le feu vert pour effectuer le transfert.

La cérémonie se déroule devant la mosquée de Selimiye selon les rites funéraires musulmans. Au milieu d’une foule immense, son cercueil, revêtu de tissu vert, est délicatement porté par plusieurs hommes au cimetière d’Üçler, à environ 50 mètres du musée Mevlânâ.  Les larmes aux yeux, une vieille dame de Konya qui n’a jamais connu Eva dit : «Maintenant, Eva nous est confiée. Elle est devenue notre soeur… Elle sera toujours avec nous dans nos prières. »

Author

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *