La famille royale Al Thani est la dynastie la plus puissante du Qatar depuis plus de 150 ans. Plutôt que d’attendre la transmission du pouvoir comme la tradition le veut, le prince héritier Hamad ben Khalifa décide de s’en emparer le 27 juin 1995 en destituant son père.

 

La politique conservatrice de Khalifa ben Hamad Al Thani  

Plus ou moins le même scénario s’est produit le 22 février 1972. Ahmad ben Ali Al Thani est déclaré émir du Qatar en 1960 puis désigne son cousin, Khalifa ben Hamad Al Thani comme premier ministre vers 1970. Aussitôt nommé, ce dernier renverse l’émir du trône et prend sa place. Pendant ses 23 années de règne, il va se consacrer à l’union politique et économique des six États du Moyen-Orient en établissant le Conseil de Coopération du Golfe en 1981.

À partir de 1987, la relation diplomatique entre le Qatar et ses pays voisins, notamment l’Arabie Saoudite, se dégrade car le petit émirat ambitionne de devenir une puissance régionale autonome et indépendante en s’appuyant sur son industrie de pétrole et de gaz. Cette tension fait naître de nombreux conflits géopolitiques entre ces deux wahhabites entre 1992 et 1994, précédés par deux remaniements ministériels.

 

Hamad ben Khalifa Al Thani change les règles de jeu

Pendant ce temps, le cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, l’un des fils de l’émir et également ministre de la Défense et des forces armées, prépare en douce un coup d’État. Il concrétise son projet le 27 juin 1995 et profite de l’absence de son père, alors en déplacement en Suisse, pour prendre le pouvoir. Tout se fait pacifiquement, sans résistance ni effusion de sang.

Contrairement à l’émir renversé, le nouveau conquérant se veut être un révolutionnaire : il réforme le régime institutionnel, il crée une puissante chaîne d’information arabe baptisée Al Jazeera, il exploite toutes les réserves gazières de Qatar à commencer par le gisement de North Dome et il affine sa politique étrangère pour propulser son pays sur la scène internationale.

Ce changement de cap, bien qu’il soit avantageux pour le pays, divise les opinions. D’un côté les Occidentaux et les États-Unis profitent de l’opportunité pour renforcer les relations diplomatiques, plus particulièrement l’alliance militaire avec le Qatar. D’autre part, les pays voisins du Golfe se sentent menacés par la montée en puissance du pays, qui jusqu’ici a joué la carte de la médiation et de la stabilité. Un an après, ceux-ci vont organiser une autre tentative de coup d’État pour restituer l’ancien émir, alors exilé en France, mais en vain.

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