Le 25 Juin 1998, Matoub Lounès, chanteur et auteur-compositeur algérien connu pour être un fervent militant de la cause identitaire berbère, succombe suite à un assassinat.

 

Un passionné de la musique

Matoub Lounès est né le 24 janvier 1956, à Taourirt Moussa Wamar, en Kabylie. Son père parti très tôt en exil, c’est sa mère et sa grand-mère qui s’occupent de son éducation. D’ailleurs, sa vocation pour la chanson vient essentiellement de sa mère qui lui chantait souvent des chansons berbères. En 1975, Matoub effectue son service militaire durant lequel il endure les conduites racistes de ses supérieurs. Pour se donner du courage, il se met à la poésie et compose ses propres chansons.

En 1978, il tente sa chance dans l’Hexagone en se produisant dans des cafés principalement fréquentés par la communauté Kabyle. C’est ainsi qu’il fait la connaissance du chanteur algérien Idir. Constatant son talent, ce dernier l’invite à se produire avec d’autres chanteurs comme Hnifa et Slimane Azem au palais de la Mutualité. Quelques mois plus tard, le jeune homme sort son premier album et connaît un grand succès autant en France qu’en Algérie.

 

Un ferveur militant

A travers ses chansons, Matoub milite pour la cause identitaire berbère et la popularisation de la culture amazighe. Ainsi, le 20 avril 1980, alors que se déroule le Printemps berbère en Kabylie, il débarque en tenue paramilitaire durant son concert à l’Olympia pour manifester son soutien à ses compatriotes. Le lendemain, il participe à un rassemblement tenu dans la capitale française devant l’Ambassade d’Algérie pour condamner la répression sanglante du gouvernement algérien sur les manifestants.

De retour dans son pays, il redouble d’efforts pour dénoncer la corruption du gouvernement toujours en place et la volonté des islamistes à imposer la charia en Algérie. Mais ces prises de position ne sont pas sans conséquences et mettent sa vie en danger à partir de 1988. Le 9 octobre de la même année, pendant qu’il distribue des tracts avec deux étudiants sur le trajet les menant à Ain El Hammam, il est pris en filature par deux gendarmes et se fait tirer dessus par l’un d’entre eux. Il s’effondre avec 5 balles dans le corps dont une a perforé son intestin et fait éclater son fémur droit. Il lui faudra quinze opérations chirurgicales pour se remettre sur pieds.

Mais le cauchemar n’est pas pour autant terminé. Le 25 septembre 1994, des hommes armés le kidnappent dans un café à proximité de Tizi Ouzou et le séquestrent durant 2 semaines. Il ne retrouve sa liberté que le 10 octobre suite à la mobilisation de la population kabyle. Conscient du danger qui le guette, Matoub décide de s’exiler en France au mois de novembre de la même année. Reçu en héros, il est honoré à l’UNESCO le 24 novembre 1994 et reçoit, par la suite, de nombreuses récompenses : le Prix de la Mémoire (6 décembre 1994) qu’il reçoit des mains de Mme Danielle Mitterrand pour son combat pour la démocratie ; le Prix de La Liberté d’Expression (22 mars 1995) et le Prix Tahar Djaout (19 décembre 1995).

 

Un fervent militant 

En dépit des menaces proférées à son encontre, Matoub se rend fréquemment en Algérie. Le 25 juin 1998, alors qu’il se dirige vers Taourirt Moussa, son véhicule est pris pour cible à l’intérieur d’un virage. Le chanteur reçoit 7 balles dont 2 mortelles et meurt sur le coup. Sa mort provoque de nombreuses indignations et les jeunes kabyles expriment leur colère dans la rue en scandant : « Pouvoir assassin !». Malgré les enquêtes réalisées et l’arrestation des présumés coupables, toute la lumière n’est toujours pas  faite sur cet odieux assassinat.

En son hommage, le poète tunisien Iskander Sami lui dédie un poème intitulé Le deuil du cerisier tandis que le chanteur norvégien Moddi reprend sa chanson Trahison. Par ailleurs, son nom est attribué à un carrefour à Tizi Ouzou (Algérie) depuis 2013 et à de nombreuses rues dans plusieurs villes françaises (Paris, Nancy, Dijon, Argenteuil…).

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