La construction du barrage de Keban, engagée le 12 juin 1966, a propulsé l’économie nationale de la Turquie en position de devenir une puissance agricole mondiale. Ce projet est le fruit d’une coopération difficile au départ, mais va finalement nouer les liens des pays du Moyen-Orient.

 

La guerre de l’eau

Avant 1914, l’Empire Ottoman avait le monopole sur l’ensemble du bassin du Tigre et de l’Euphrate. Mais la grande guerre a fait éclater de nouveaux États-nations au Moyen-Orient, à l’origine d’un conflit géopolitique virulent entre la Turquie, la Syrie, l’Iran, l’Irak et les communautés Kurdes. En 1923, les premières conventions entre riverains sont engagées, insistant sur l’obligation des turcs à informer ses voisins avant d’entreprendre des travaux sur le fleuve.

Mais à partir de 1960, le partage des eaux du bassin Tigre-Euphrate devient un point de discorde stratégique car il est désormais question d’une puissance hydraulique pour assurer l’agriculture,  l’alimentation et l’électricité. Ainsi, les accords bilatéraux et le traité tripartite (Turquie – Syrie –Irak) se sont succédé en 1962 pour trancher sur le volume de débit maximum que chaque pays s’autorise à délivrer, mais ces engagements se brisent en 1966 lors de l’éclatement du mouvement Baas.

 

La Turquie devance ses pays voisins

En tant que pays en aval, l’Irak a été le premier pays à développer des projets d’ingénierie sur le bassin Tigre-Euphrate. Ces barrages, relativement modestes, peuvent assurer les besoins locaux en énergie hydroélectrique et protéger les terres des inondations. Le 12 juin 1966, la Turquie engage de son côté les premiers travaux du barrage de Keban, situé très en amont sur l’Euphrate, dans la province d’Elâzığ. De 800m d’hauteur avec une capacité de 1 558,5 millions de m³, cette centrale hydroélectrique est l’une des plus importantes jamais construites par les Turcs sur les eaux fluviales d’Euphrate.

Malgré les désaccords qui perdurent pendant des années, la Turquie parvient à proposer un arrangement avec la Syrie et l’Irak pour départager le remplissage du réservoir et la gestion des données hydrauliques. Dans la continuité de ses efforts pour devenir entièrement autonome dans sa production agricole, Ankara lance un programme plus ambitieux en 1989. Il s’agit du GAP ou projet d’Anatolie du Sud Est, qui vise à irriguer près d’1,8 millions d’hectares de terres agricoles grâce aux 22 nouveaux barrages installés sur le bassin Tigre-Euphrate.

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