Le 5 juin 1963, le peuple iranien descend dans les rues pour contester l’arrestation de l’ayatollah Khomeini par le régime du Shāh. Cet événement constitue le point de départ de la révolution islamique en Iran.

 

Des réformes controversées

Au pouvoir depuis 1941, le Shāh Mohammad Reza Pahlavi veut poursuivre la modernisation de l’Iran initiée par son père Reza Pahlavi. En juillet 1962, il désigne alors Amir Asadollah Alam au poste de premier ministre pour lancer la « révolution Blanche » qui prévoit de changer la structure féodale, supprimer les fondations religieuses et transformer l’Iran en un pays « moderne« .

Farouchement opposé à ces réformes, l’ayatollah Khomeini sensibilise ses concitoyens sur leurs conséquences désastreuses pour leur pays. Pour les convaincre, il rappelle l’incompatibilité de ce projet avec la charia en prenant l’exemple du droit de vote des femmes, prévu par le souverain. Il dénonce également la relation cachée de ce dernier avec Israël tout comme ses liens avec les États-Unis qui veulent faire de l’Iran leur principale base au Moyen-Orient. Il est d’ailleurs l’une des premières personnalités religieuses et politiques à évoquer haut et fort la nature colonialiste des visées américaines cachées sous le terme « modernisation ».

Ainsi, entre 1962 et 1963, l’ayatollah ne cesse de diffuser des communiqués dans le pays, en plus de ses nombreux discours protestant la marginalisation de la culture iranienne et islamique par le projet d’ «occidentalisation» de l’Iran. Le 3 juin 1963, il profite de sa prise de parole à l’occasion de l’Ashoura (jour de commémoration du martyr du petit-fils de Muhammad, l’imam Hussein par les chiites) à l’université théologique de Qom, pour énoncer les « crimes » du régime du Shāh contre l’Islam.

 

Le 15 Khordad 1342 

Trois jours après ce discours, le 5 juin 1963 (15 Khordad 1342 selon le calendrier iranien), Khomeini est secrètement arrêté mais l’information fuite. Ainsi, le jour même de cette arrestation, plusieurs membres du clergé chiite et les chefs des principaux bazars de Téhéran et de Qom appellent à une mobilisation populaire. Quelques heures après leur appel, vers 9h30, près de 2.000 personnes sont descendues dans les rues de ces deux villes en criant « Libérez Khomeini« .

De son côté, le premier ministre Alam décrète l’état d’urgence à Téhéran et met quelques membres du clergé chiite dont l’ayatollah Mahmoud  et plusieurs marchands du bazar sous mandat d’arrêt. Il appelle également l’armée à rétablir l’ordre, transformant ainsi les manifestations en affrontements entre les deux camps (manifestants et forces de l’ordre). Quant à Shāh, il qualifie ces mobilisations de tentative de coup d’Etat et assure vouloir punir les responsables dont Khomeini. Mais aucune de ces mesures n’est assez suffisante pour arrêter le mouvement. Au contraire, celui-ci ne cessera de s’intensifier dans tout l’Iran qu’à la chute du souverain en janvier 1979.

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