Tahar Djaout, célèbre journaliste et écrivain algérien d’expression française, est décédé le 2 juin 1993. Mort assassiné, il fait partie des premiers intellectuels victimes de la « décennie noire » qui débute en 1991 en Algérie.

 

Passion pour la littérature

Tahar Djaout a vu le jour le 11 janvier 1954 à Oulkhou en Kabylie, dans le nord de l’Algérie. Il y passe ses premières études jusqu’en 1964 avant de s’installer à Alger avec ses parents. En tant qu’étudiant, il participe en 1970 au Concours littéraire « Zone des tempêtes » et obtient une mention grâce à sa nouvelle baptisée Les insoumis. Il termine ses études secondaires en 1971 au Lycée Okba et fait son entrée à l’Université d’Alger la même année pour obtenir une licence de mathématiques en 1974.

Durant ses dernières années universitaires, Tahar fait la rencontre du poète Hamid Tibouchi, ce qui réveille sa passion pour la littérature. Il se lance ainsi dans la rédaction de quelques chroniques pour le quotidien El Moudjahid entre 1976 et 1979. Un an plus tard, il travaille dans l’hebdomadaire Algérie-Actualité et se charge de la rubrique culturelle du journal jusqu’en 1984. À travers ses articles, il met souvent en avant les sculpteurs et peintres comme Mohammed Khadda, Hamid Tibouchi et Baya. En même temps, il rédige de nombreux articles sur les célèbres écrivains algériens d’expression française tels que Kamel Bencheikh, Malek Alloula ou encore Youcef Sebti.

 

« Ruptures« 

En 1985, Tahar obtient une bourse pour continuer des études en Sciences de l’information à Paris. Deux ans plus tard, il retourne à Alger et reprend ses articles culturels dans l’hebdomadaire Algérie-Actualité. Mais au fil du temps, le contexte national et international change, ce qui pousse le journaliste à écrire davantage des chroniques politiques.

Dans un contexte où le pays est plongé dans une guerre civile depuis 1991, il quitte son poste en 1992 pour fonder, avec quelques camarades, son propre hebdomadaire baptisé « Ruptures ». Chaque numéro (dont le premier est sorti le 16 janvier 1993) s’intéresse à une ou plusieurs causes ayant mené à la rupture sociale en Algérie : « le discours religieux médiéval« , « l’instrumentalisation du nationalisme« , « l’idéologie totalitaire« … Son slogan étant : « Si tu parles tu meurs, si tu te tais tu meurs alors parles et meurs« , Tahar n’hésite pas à y critiquer le gouvernement en place ainsi que les intégristes religieux.

Mais quelques mois plus tard, un événement tragique survient alors que son journal commence à trouver sa place parmi les lecteurs. En quittant son domicile, le 16 mai 1993 au matin, Tahar est abattu dans sa propre voiture. Touché sur la tête, il sombre dans un coma profond avant de succomber le 2 juin de la même année.

 

En hommage à Tahar Djaout

En 1993, peu après sa mort, le Carrefour des littératures (France) propose la création d’une organisation de défense des écrivains, ce qui donne naissance au Parlement international des écrivains. De son côté, la BBC rend hommage au défunt journaliste en diffusant un documentaire sur lui, intitulé « Shooting the Writer », avec la participation de sa femme et ses enfants. Et, l’artiste Matoub Lounès lui dédie en 1994 « Kenza », une chanson inspirée par l’une de ses filles portant le même prénom.

Le décès de Tahar Djaout s’inscrit dans une série d’assassinats visant à exterminer l’intelligentsia algérienne entre 1991 et 1998. Malheureusement, vingt-cinq ans plus tard, ces crimes ne sont toujours pas élucidés bien que les soupçons des autorités se tournent vers le Groupe Islamique Armé (GIA).

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