Le 26 mai 1883, le fondateur de l’Algérie moderne et père du nationalisme arabe : Abd el-Kader El Djezairi décède à 74 ans

 

Fils d’un maître religieux

Né le 6 septembre 1808 à El Guettana, en Algérie, Abd el-Kader est issu d’une famille de chorfa (descendant du prophète Muhammad). Il est le fils de Muhyi al-Din, un muqaddam dans une institution religieuse rattachée à la confrérie soufie Qadiriyya. Il passe son enfance dans une école religieuse de la Guyathnali, à Mascara où il apprend la théologie, la jurisprudence et la grammaire tout en bénéficiant d’une éducation militaire.

En 1825, il part en pèlerinage à la Mecque avec son père. Durant ce voyage, il fait la connaissance du célèbre imam caucasien  Chamil, un moudjahid hors pair, avec qui il discute de différents sujets pendant des heures. Il se rend ensuite à Damas et à Bagdad où il étudie les deux grands personnages du soufisme : Ibn Arabi et Abd al Qadir al-Jilani. Et, sur le chemin de retour vers l’Algérie, il est fasciné par Méhémet Ali, considéré comme le fondateur de l’Egypte moderne. Toutes ces découvertes lui permettent de renforcer son enthousiasme religieux ainsi que sa fierté nationaliste. A 20 ans, il devient d’ailleurs enseignant en sciences islamiques mais doit y mettre fin, deux ans plus tard, avec le débarquement français en Algérie.

 

Un chef de guerre hors pair

Face à la difficulté des troupes ottomanes à contrer l’invasion française en 1830, Muhyi al-Din décide de mener lui-même la résistance. Il envoie ainsi son fils rallier les tribus et lance une première attaque contre les envahisseurs le 17 avril de la même année. Rapidement, il gagne le respect des habitants de l’Ouest qui lui proposent le titre de sultan mais il le décline en faveur de son fils. Le 25 novembre 1832, Abd el-Kader devient alors émir d’Oranie et chef de la résistance algérienne.

Bien qu’il soit encore très jeune, le nouvel émir fait preuve d’une grande maturité et de discernement. En effet, il arrive rapidement à forger une armée extrêmement mobile composée de 10.000 cavaliers équipés. Il s’assure aussi le contrôle des zones agricoles pour nourrir son armée et multiplie les échanges avec le sultan de Maroc pour obtenir des armes et des munitions. Par ailleurs, il crée un blocus autour d’Oran et de Mostaganem pour empêcher les troupes coloniales de se ravitailler et profite de l’occasion pour réunir administrativement ces régions. Et en grand diplomate, il n’hésite pas à dialoguer avec les français pour trouver un terrain d’entente. Il signe pour cela : le traité Desmichels (en février 1834) et le traité de la Tafna (mai 1837), ce qui n’évite pourtant pas la guerre, qui débute officiellement le 18 novembre 1839.

Jusqu’en 1842, la lutte est en faveur de la rébellion menée par Abd el-Kader. Malheureusement, avec l’arrivée de leur nouveau chef : le marechal Bugeaud, les armées françaises changent de tactiques : les soldats en place sont renforcés, ils sont plus mobiles et appliquent la politique de terre brûlée qui consiste à ravager les ressources pour affamer les habitants. Sans le soutien des tribus de l’Est, l’émir est obligé de déposer les armes le 21 décembre 1847. Il est ensuite gardé en captivité en France jusqu’à sa libération par Napoléon III en 1852.

 

Tout un héritage

Une fois libéré, Abd el-Kader trouve refuge à Bursa (Turquie) puis à Damas (Syrie). Il se consacre de nouveau à la théologie et enseigne le soufisme à la mosquée des Omeyyades. En même temps, il reprend ses activités littéraires et rédige plusieurs livres dont : Les chevaux du Sahara (1853), Lettre aux Français (1858) et un traité philosophique intitulé « Rappel à l’intelligent, Avis à l’indifférent » ( 1858). Deux ans plus tard, il intervient lors du massacre de Damas et n’hésite pas à abriter les chrétiens persécutés, ce qui lui vaut une reconnaissance internationale.

L’émir décède le 26 mai 1883 à Damas mais il continue d’être honoré des deux côtés de la Méditerranée. En Algérie où il est considéré comme le père du nationalisme algérien, son nom est  ainsi attribué à une commune de la wilaya d’Aïn Témouchent, une université et une mosquée à Constantine et sa zaouïa est bâtie à El Guettana. En France, où il est perçu comme un défenseur des droits de l’homme (il rédige en 1837 une loi interdisant à ses hommes de tuer ou maltraiter les prisonniers de guerre) : son nom est attribué à une loge de la Grande Loge de France, à un navire de la Compagnie générale transatlantique, et à plusieurs rues à Paris ainsi qu’à Lyon, à Toulon, et à Amboise. Et pour sa combativité, il est aussi mis à l’honneur au Maroc (la gare de Meknès-Amir Abdelkader), aux Etats-Unis (la ville d’Elkader dans l’Iowa), au Mexique (statue de l’émir) et à Genève (une buste au siège de la Croix-Rouge).

En outre, sa personnalité continue à fasciner autant les philosophes, les historiens que les théologiens. L’émir fait ainsi l’objet de nombreux colloques internationaux dont le plus récent s’est déroulé en Algérie, à l’Université Ziane Achour de Djelfa en avril 2018, sous le thème : « Emir Abdelkader dans les contrées des Ouled Nail (1836-1847)« . Par ailleurs, ses enseignements servent aujourd’hui de repères pour éclairer les préjugés et les intolérances. Recueillis dans le Kitâb al mawaqîf (Livre des Haltes) par  ses disciples dont principalement Muhammad al-Khânî, ‘Abd al-Razzâq al-Baytâr et Muhammad al-Tantâwî, ils prônent un islam d’ouverture en apportant des explications mystiques sur des versets coraniques et une présentation plus moderne des préceptes d’Ibn Arabi.

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