Le 20 mai 2007, le Maroc perd un grand défenseur des droits de l’homme : le juriste et homme politique Driss Benzekri.

 

Un ancien prisonnier politique

Né en 1950 à Aït Ouahi, dans la province de Khémisset, Driss Benzekri est un farouche activiste de l’extrême gauche. En tant que dirigeant de « Ila Al amame », un mouvement politique d’inspiration marxiste-léniniste, il est incarcéré par le roi Hassan II en 1974 à l’âge de 24 ans. Il ne sera libéré qu’en 1991, à 41 ans, soit 17 ans plus tard. Mais pendant ses années de détention, il continue ses études et obtient en 1983 un diplôme en linguistique de l’Université de Rabat, puis de l’Université d’Aix-Marseille en France dans la même discipline. Après sa libération, il s’est encore spécialisé dans les études de droit international en Grande Bretagne pour décrocher en 1993 son magistère.

 

Un militant pour les droits de l’homme

Fondateur du forum marocain pour la Vérité et la justice, ce juriste devient en 2003 président de l’Instance équité et réconciliation (IER). Il s’agit de l’organisme chargé, par le roi Mohamed VI, d’enquêter sur les graves violations des droits de l’homme survenues entre 1960 et 1999 au Maroc. Questionné sur cette nomination, le souverain explique que c’est l’intégrité et l’honnêteté dont a toujours fait preuve Benzekri qui l’ont convaincu. Lancé dans sa fonction, le juriste sera alors à l’origine de la toute première audience publique dans le monde arabo-musulman : retransmission en direct dans les médias (radios et télévisions) des témoignages des victimes des répressions de Hassan II.

En tout, l’Instance travaille sur des dossiers impliquant près de 16 000 victimes, dont une bonne partie seront financièrement indemnisées. Parallèlement, Benzekri demande à l’État de présenter ses excuses aux familles des victimes et transmet à Mohamed VI un rapport proposant la révision de la Constitution pour rendre la justice indépendante. Le 11 juillet 2005, le juriste devient également secrétaire général du Conseil consultatif des droits de l’homme, l’organisme gouvernemental chargé de surveiller l’application des recommandations du rapport de l’IER.

A 57 ans, le 20 mai 2007, Benzekri décède à Rabat, des suites d’un cancer. Mais peu avant sa mort, sur son lit d’hôpital, il signe encore un texte permettant aux victimes des « années de plomb », sous le règne de Hassan II, de bénéficier d’une couverture médicale.

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