Le 12 mai 2007, le Maroc perd en la personne de la nationaliste Malika El Fassi une figure historique féminine. Symbole du patriotisme marocain, elle est la seule femme  signataire du Manifeste de l’Indépendance (en 1944).

 

Enfance et jeunesse

Née le 19 juin 1919 à Fès, au Maroc, Malika El Fassi vient d’une famille de nationaliste dévouée. Ainsi, dès son jeune âge, la haine contre toutes formes d’injustice et d’inégalité est ancrée en elle. À son époque, les filles n’avaient pas le droit d’aller à l’école mais son père s’assure qu’elle bénéficie de la même éducation que ses deux frères. Il engage, pour cela, des instructeurs pour lui donner des cours à domicile.

Une fois adolescente, Malika décide de travailler comme journaliste et fait de la lutte contre les inégalités et les discriminations son cheval de bataille à travers les revues «Al Maghrib», « Rissalate El Maghrib» et « El Alam ». Signés sous le pseudonyme « Al Fatate », ses articles reflètent les premiers pas du journalisme féminin au royaume chérifien.

 

Une femme engagée dans la politique et l’humanitaire

Son engagement politique débute en 1937 lorsqu’elle intègre la « Taïfa ». Il s’agit d’une cellule nationaliste clandestine (fondée en 1934) visant à lutter contre les colonisateurs et à réclamer l’indépendance du Maroc. C’est d’ailleurs ce mouvement qui lui permet de participer à l’élaboration du « Manifeste de l’Indépendance  » puis à sa signature le 11 janvier 1944, où elle sera la seule femme parmi les 66 signataires. Et, ne reculant devant rien pour lutter contre l’occupant, elle se déguise et réussit à entrer dans le palais royal, le 9 août 1953, pour donner à Mohammed V des instructions pour la résistance avant que ce dernier ne parte en exil.

Conjointement à ses actions politiques, Malika El Fassi est également active sur de nombreuses causes sociales. En 1947, elle lutte contre l’analphabétisme, principalement des femmes, et crée une section fille secondaire et universitaire dont la première promotion a compté des grandes figures féminines telles que Fettouma Kabbaj, Aïcha Sekkat ou encore Habiba El Bourqadi. Elle est aussi à l’origine de nombreux centres et associations éparpillés dans tout le pays pour inciter ses concitoyens à apprendre à lire et à écrire. En outre, El Fassi est co-fondatrice et vice-présidente du Ligue marocaine pour l’éducation de base et la lutte contre l’analphabétisme (créé peu après l’indépendance). Par ailleurs, elle milite pour les droits de la femme et présente en 1956 une motion au roi pour que les marocaines puissent enfin voter, ce qu’il accepte immédiatement. La même année, elle fonde également Al Mouassat, une association venant en aide aux personnes les plus vulnérables,  grâce au soutien des dames de Rabat.

 

Une pluie de récompenses

Grâce à ses actions exemplaires, Malika El Fassi a été élevée le 11 janvier 2005 par le Roi Mohammed VI du Wissam Al Arch à la dignité de Grand Officier. Elle reçoit par ailleurs une médaille de l’Unesco pour sa lutte contre l’analphabétisme et une autre par le gouvernement russe pour ses initiatives en faveur de l’amitié maroco-russe. En 2006, elle obtient aussi une « Khmissa d’Honneur » pour son militantisme.

Le 2 mai 2007, ce symbole du nationalisme marocain rend l’âme, laissant un héritage inestimable aux futures générations : la force de la volonté, la persévérance et  l’engagement.

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